Architecture


© IMA

Créé par un collectif d'architectes
Sur un terrain des bords de Seine, proche de l’ancienne porte Saint-Bernard, où avaient été construites, au XIIe siècle, l’abbaye Saint-Victor puis, au XVIe, la Halle aux vins, se dressent aujourd’hui l’université de Jussieu et l’Institut du monde arabe.
Créé par un collectif d’architectes (Jean Nouvel, Gilbert Lezenes, Pierre Soria et Architecture Studio), l’Institut du monde arabe est un lieu unique par la modernité de son architecture. Le bâtiment constitue une synthèse allégorique entre conceptions architecturales d’Orient et d’Occident.
En effet, au-delà de l’apparence résolument moderniste de la construction de verre et d’aluminium, le visiteur découvre que toute une série d’éléments architecturaux issus de la tradition orientale font l’objet d’une réinterprétation : moucharabiehs de la façade, ryad (cour intérieure) et ziggourat de la tour des livres.
La façade sud de l’IMA est composée de 240 moucharabiehs dont le mécanisme est actionné électroniquement. L’ouverture des diaphragmes est réajustée toutes les heures pour s’adapter à la luminosité extérieure et créer un jeu de lumière à l’intérieur du bâtiment. 

Un symbole de modernité des pays arabes
L'idée de créer à Paris un Institut du Monde Arabe remonte aux années 70. L'objectif d'un tel lieu étant de mieux faire connaître le Monde Arabe contemporain et la civilisation arabo-musulmane. Un accord entre la France et 19 pays arabes (plus tard rejoint par 3 autres pays arabes) permis la création de cette institution.
Un concours national d'architecture fut lancé et c'est finalement le projet de Jean Nouvel, Pierre Soria, Gilbert Lezènes et Architecture Studio qui fut retenu et réalisé. Ce projet remporta l'Equerre d'Argent en 1987. Les travaux ont débuté en 1981 et se sont achevés en 1987 (inauguration officielle fin novembre 1987).
Le choix des décideurs s'est porté sur ce projet principalement pour deux raisons. D'une part, la modernité de l'édifice, symbole de la volonté de modernité des pays arabes eux-mêmes. D'autre part, au-delà de cet aspect "high-tech" de nombreuses références à cette civilisation sont présentes, mais ce ne sont jamais des pastiches ou des clichés. Certes, les architectes ont repris des éléments de cette civilisation ou de cette architecture arabo-musulmane mais en proposant à chaque fois une relecture, une adaptation de ces éléments à l'architecture ou à l'époque actuelle.

Lumière intemporelle
« Lumière sur lumière… », glorifie l’un des plus beaux versets du Coran, signifiant que la lumière est expression et l’expression, lumière. De tout temps, les princes et les monarques, dans un monde arabe chargé, voire accablé, de lumière, ont souhaité que la lumière, attirée dans leurs palais, y restât captive et docile, prête à scintiller dans l’eau de la fontaine, à jouer avec l’ombre précieuse. C’est ainsi qu’à l’intérieur de l’IMA s’immisce la lumière du jour, filtrée par des moucharabiehs qui sont devenus l’emblème et le symbole d’un bâtiment à nul autre pareil.
La lumière se change en l’architecture et en la substance mêmes de ce palais ; elle définit les espaces, se réfléchit, se fragmente, se recompose pour créer les volumes du lieu. Ceux-là qui le créèrent ont de la sorte su dire l’Orient arabe sans recourir à l’orientalisme de bazar. L’Orient n’est point ici copié ni parodié, non point réinventé ni même revisité. Mais bien plutôt : magistralement interprété.
Telle symphonie a ses rythmes et ses envols, conçus par les architectes. Ses références aussi, qui s’attachent à l’essence, au génie de cela qu’il faut bien nommer en l’occurrence l’arabité.

Les moucharabiehs, métaphores du soleil 
Voir sans être vu. Rester dans l’ombre. Résister au soleil. Dompter l’air et la lumière. Semblable catalogue évoque plus le vade-mecum d’un derviche que le savoir-faire de l’ébéniste. La façade de l’Institut est faite de métal et ses orifices sont autant de diaphragmes, inspirés par la technique photographique, quintessence de regard mécanique, auxquels commande l’informatique. 

Un pont entre l'Occident et l'Orient
On cerne là, du projet l’idée centrale, qui fond l’Occident dans l’Orient, ou vice versa, sans rien ôter à l’un non plus qu’à l’autre, exercice périlleux s’il en est. Point de mise en abyme, de condescendance appliquée, de prééminence douteuse, d’égalité fallacieuse, d’allégorie trompeuse. Chacun, dans son être, persiste et perdure, face à l’autre, à côté de l’autre, avec l’autre, grâce à l’autre. Et même… dans l’autre. Dans l’autre, sans cesser d’être deux. Comme un couple très anciennement figé. Comme est duel le bâtiment même de l’IMA, coupé d’une faille profonde, étroite comme venelle en médina. Dans cette disposition des lieux se donne lire la dualité du Nord et du Sud que viennent relier de frêles passerelles qui disent l’essentiel de la mission et de la vocation de l’Institut.
L’altérité, au centre du projet, reçoit là un traitement des plus subtils. Deux, certes, mais proches comme amants, incapables de dire l’autre sans dire soi aussi. Ainsi verra-t-on dans la modernité toute occidentale du bâtiment, apparaître bien des traits d’une geste orientale, pour signifier à l’évidence que cet Orient-là, à l’évidence, de cet Occident est constitutif.

Géométrie, algèbre, trigonométrie
Les sciences de l’Occident en Orient sont nées. On pourrait, de la sorte, déchiffrer un autre des messages explicites que délivrent les créateurs du bâtiment de l’Institut du monde arabe. Des formes simples, partout, viennent à sous-tendre l’espace et à s’y inscrire : carrés, cercles, hexagones, se déploient, se superposent, s’interpénètrent avec une exactitude toute mathématique. Elles renvoient à la fascination des Arabes pour la géométrie, à leur invention de l’algèbre, de la trigonométrie. Prenant parfois l’apparence des calligraphies et des arabesques qu’affectionne le décor islamique traditionnel, cet ensemble de signes évoque aussi la carte d’un ciel que les Arabes ont aidé l’Occident à comprendre.

Un patio en plein coeur de l'IMA 
L’IMA a pour centre un vide. Suspendu, comme jardins à Babylone, au quatrième niveau du bâtiment – celui qui donne accès aux collections permanentes du musée, à son trésor –, ce patio, ce ryadh, dans lequel nul ne pénètre, est le centre autour duquel tout s’organise, tout tourne et tout s’intériorise. 
Parcelle d’extérieur située à l’intérieur, morceau du dehors inclus dans le dedans, son rôle ne se limite pas à l’évocation stricte de l’organisation de l’espace telle que l’ont toujours pensée les architectes arabes ; bien plus, elle vient rappeler ici la propension d’une philosophie centrée sur l’Unique et le mystère de l’Un. 

La bibliothèque, inspirée de la ziggourat de Babylone
Au ryadh, central, fait pendant, excentrée, à l’extrémité du bâtiment, la tour des livres. Nul Institut du monde arabe n’aurait pu se concevoir sans bibliothèque. Evoquant, peut-être, celle d’Alexandrie qui brûla autrefois, ou celles de Mauritanie, aujourd’hui en péril, tel dédale de volumes était attendu. 
La forme qui lui a été dévolue, renvoie également aux architectures d’Orient – antique tour de Babel, ziggourat assyrienne – chargées du lien avec le ciel, comme l’est encore le célèbre minaret de la mosquée de Samarra. La spirale, à l’Institut, ploie sous la charge des livres et donne accès, sinon à la divinité, à tout le moins au savoir. 

Un sous-sol comme symbole de l'Egypte antique
Forêt, fuite des fûts, salle aux colonnes : les édifices hypostyles, tant prisés dans le monde arabe, existent pour proposer l’apparence de l’immense. Telle immensité close constitue ici les fondements du bâtiment. Sa base. Les colonnes ne soutiennent aucune voûte, aucun chapiteau, aucun ciel. Tout au contraire, creuses elles-mêmes, ces colonnes s’enfoncent dans le sol, y pénètrent en creux.

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